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B******* IN PARIS

15 février 2013 | | | 239 vues de

La première fois que j’ai vu Paris, le soleil se levait dans l’Arc de Triomphe. Je devais avoir dix-neuf ans et j’ai pleuré. Des années plus tard j’ai partagé une bouteille de rouge ouverte avec une brosse à dents, en compagnie de ma petite soeur et d’un ami italien, dans le jardin des Tuileries, en écoutant du Cat Empire. J’ai déjà failli tomber du toit de l’Élysée Montmartre, au beau milieu de la nuit, en me prenant pour Olivier Martinez dans le Hussard sur le toit après une soirée bien arrosée. L’an dernier je suis allé y passer quelques jours avec mes deux recrues préférées, de jeunes voyageuses curieuses et aventurières, histoire de magasiner et de boire du bon vin en bonne compagnie. Il y a quelques semaines j’y suis allé avec un ami dans le seul but d’errer, de bien manger et de trouver les bottes parfaites. Une Brigande à Paris…

On arrivait des îles grecques avec décidément pas la bonne garde robe dans nos valises, mais même gris, j’aime Paris. Et puis comme c’est un de mes endroits préférés au monde pour magasiner, y’a pas de souci comme ils disent. J’avais en tête de rester dans le quartier Bobo (bohème, bourgeois), l’équivalent du Plateau-Mont-Royal, mais la chambre qu’on avait réservée en ligne sur une terrasse ensoleillée de Milos était beaucoup moins charmante que celle où j’étais resté l’année précédente suivant les recommandations d’une amie artiste. On décida donc de se trouver un home away from home au pied de la tour Eiffel, au grand plaisir de mon ami avocat de Toronto qui en est amoureux, tout simplement. Durant tout notre voyage, il l’a cherché partout et l’a admiré longtemps, comme un mirage. Je ne me suis jamais lassé de l’entendre s’exclamer “Oh my God, there it is!” J’aime les gens qui s’émerveillent comme des enfants. J’aime découvrir ce qui touche les autres d’une façon toute particulière. Ça n’a pas de prix. C’est indélébile. Comme les yeux de mon petit frère, un fan fini de soccer italien, quand il a vu le stade de l’AC Milan pour la première fois, plein à craquer, rouge à perte de vue, parfait.

On s’est donc installé à quelques minutes de la station de métro École Militaire, sur la magnifique rue de Cler, qui sentait tantôt les crêpes, tantôt les croissants. On est allé visiter la Vénus de Milos, au Louvre, étant donné qu’on arrivait de chez elle et parce que mon ami n’arrivait pas à croire que je n’y avais jamais mis les pieds. C’est peut-être le moment de vous dire que je planifie que très sommairement mes aventures, visite rarement les sites qui se retrouvent dans tous les guides de voyage et les seules cartes dont je dispose sont presque toujours gratuites et incomplètes. Ce que je préfère, lorsque je visite un endroit pour la première fois, c’est me perdre. En général, ça favorise les rencontres inattendues et les articles comme celui-ci, mais des fois ça ressemble un peu à la scène dans un film d’horreur juste avant que la protagoniste, qu’on trouve très stupide de se trouver où elle est, se fasse tuer. Je ne suis donc jamais monté dans la Tour Eiffel, en Italie j’ai privilégié le stade de foot au Colisée et je n’étais jamais entré au Louvre. J’ai trouvé l’expérience décevante dans son ensemble. Peut-être parce que je suis légèrement agoraphobe, peut-être parce que c’était tellement beaucoup à absorber. C’est certain que qui que vous soyez, vous trouverez des oeuvres qui vous parleront, parfois assez fort pour enterrer le guide et la trentaine de touristes chinois qui mitraillent tout avec leurs appareils photo, le couple russe qui s’engueule, la petite fille qui pleure et les deux étudiants qui frenchent à l’abri des regards.

Si vous avez retenu quelque chose de mon dernier article sur Madrid j’espère que c’est la siesta parce que pour survivre à la nuit parisienne, ça aide. J’ai un ami français, que j’ai emprunté à une amie québécoise, qui sait ouvrir des portes sur un Paris caché. Il sent la cigarette et a souvent l’air d’avoir dormi tout habillé dans son auto. Il connaît tout le monde, mais ne s’en vente jamais. C’était lui qui m’avait ouvert la fenêtre du toit de l’Élysée Montmartre. On est allé le retrouver au Barbershop, un bar sympa sur République dans le onzième arrondissement. Il était assis avec un ami DJ avec des rastas. On a mangé, trop dans mon cas, bu quelques verres puis on l’a suivi aveuglément au Favela chic, un restaurant brésilien qui se transforme en club en fin de soirée. On a dansé toute la nuit. Derrière les tables tournantes, DJ Pone du groupe Birdy Nam Nam et Boombass du groupe Cassius. Cut Killer (pour ceux qui n’ont pas vu La Haine)  un des pères fondateurs du DJing en France était dans le DJ booth et je me suis saoulée à la musique jusqu’au vestiaire, où les filles écoutaient du TLC.

Le restant de notre voyage, on l’a passé à manger et à marcher sous la pluie. On est retourné deux soirs d’affilée au même restaurant. Un peu pour la sauce au poivre, mais beaucoup pour le service. Je n’ai jamais réussi à passer une seule journée à Paris sans envoyer chier un serveur alors quand je découvre un endroit où le staff est sympa j’ai tendance à coller. Je suis tombé sous le charme de la boutique The Kooples, dont le concept s’inspire des couples et du fait qu’avec le temps, ils finissent par se ressembler, s’empruntant parfois une veste de cuir ou une écharpe. J’ai trouvé les bottes parfaites, rue Rivoli. Des Dolce Gabanna en cuir noir qui montent jusqu’au-dessus des genoux. Même à moitié prix le bruit de ma carte de crédit dans la machine donnait le vertige.

Au 25, rue Pierre-Demours, dans le dix-septième arrondissement, se trouve un petit dépôt-vente de vêtements, bijoux, souliers, sacs à main et accessoires de designers vintage. En fait c’est loin d’être le seul à Paris, mais c’est le mien. Plusieurs des articles préférés dans ma garde-robe viennent de là: des boucles d’oreilles YSL, un feu foulard Cartier, un foulard de remplacement Hermès et, depuis mon dernier passage dans la Ville lumière, un manteau de cuir Chloé. J’ai envie d’une vie de champagne, mais j’ai un budget de limonade alors vous ne me croiserez pas dans la file du Louis Vuitton sur les Champs-Élysées et c’est parfait comme ça. Mes vêtements et mes accessoires, tout comme moi, racontent des histoires.

Notre dernier soir on a assisté depuis la fenêtre de notre chambre à un concert de jazz improvisé dans la rue. On a dansé en pyjamas.

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