Depuis mon tout premier article, je rêve de vous emmener en Espagne! Chaque voyageur arrive un jour quelque part, n’importe où, et se sent chez lui. Le phénomène se produit aussi avec les gens. On rencontre quelqu’un pour la première fois et on a l’impression d’avoir combattu à ses côtés dans une autre vie. Si on est vraiment chanceux, genre si on tombe sur une flush royale dans la vie, on vit les deux en même temps.
Je suis espagnole de coeur, c’est un fait, et aujourd’hui je vais vous raconter pourquoi. Je pourrais vous faire un best of de mon année passée à Palma de Mallorca dans les îles Baléares. Ce long trait d’union entre le cégep et l’université qui m’a fait découvrir l’escalade, le volley-ball de plage et tomber amoureuse de Gaudí dont l’oeuvre, qui se trouve majoritairement à Barcelone, est plus discrète, mais tout aussi envoûtante à Palma. Je pourrais vous faire une liste de tout ce qui est espagnol qui m’enchante: de ses douze raisins mangés sur les douze coups de minuit au jour de l’an, en passant par ses olives et sa siesta jusqu’à sa guitare, rare objet à me laisser muette avec les toiles de certains de ses peintres. Mais ça serait trop facile.
Ce qui suit, c’est le récit de deux filles qui, après avoir passé dix-sept semaines à apprendre l’italien, font une escale à Madrid avant de se rendre sur la côte amalfitaine et finissent par y passer quinze jours. Avec le recul, je réalise que l’idée était absurde. Passer une nuit à Madrid avant de prendre un vol pour Rome. Comme si Madrid était facile de même. Qu’elle nous laisserait filer en douce le matin venu, souliers en main, lunettes soleil oblige, vers d’autres horizons. Je n’ai jamais autant sous-estimé une ville. Madrid, je vous le jure, c’est l’ultime underdog.
Il était midi quand on est monté dans le bus pour le centro. Après une conversation de cinq minutes avec le préposé au stationnement, on savait approximativement qu’on se rendait vers le quartier de las Cortes. C’est quoi le plan? Y’a pas de plan! J’ai fait l’erreur de me servir de mon BlackBerry pour envoyer un message Facebook à un ami espagnol rencontré à Playa del Carmen pour lui dire que j’étais à Madrid pour la soirée. Au fil des ans, j’ai accumulé des frais d’interurbain et d’itinérance avec mon fournisseur cellulaire qui pourraient servir de mise de fonds sur une petite maison. En arrivant à la gare de train, on s’est dirigé au hasard et après une côte particulièrement abrupte à trainer nos valises à roulettes derrière nous on a décidé de s’arrêter dans la première pension qu’on a croisée, en l’occurrence une auberge de jeunesse. On s’est tapé un fou rire quand on s’est retrouvé devant nos lits superposés et ma deuxième erreur fut de shot gunner celui du dessus, vous comprendrez pourquoi plus tard. Après une sieste digne de notre pays d’accueil, on est sortie explorer le quartier et à ma grande surprise mon ami espagnol nous a suggéré de passer nous prendre pour aller boire un verre. Lorsque j’avais vu l’ami espagnol la dernière fois il ressemblait à Tom Hanks dans Cast Away, habitait dans un Westfalia avec un autre saltimbanque comme lui et donnait des cours de plongés pour payer son road trip du Mexique à l’Argentine, genre d’hommage au Che, à l’envers. Vous comprendrez ma surprise lorsque j’ai vu la BMW bleu décapotable s’immobiliser devant nous. Premier stop, la terrasse du Delic, sur la Plaza de la Paja pour le coucher du soleil et les caeperinas. Je ne connais rien aux voitures, mais je sais que pour se rendre à notre deuxième point d’eau de la soirée j’ai roulé shot gun dans une Audi noire. La seule raison pour laquelle je mentionne les marques de voiture c’est pour la scène qui suit. Je trouve que ça lui donne plus de gueule. Corrigez-moi si j’ai tort. Après plus de quinze minutes à sillonner les rues pour trouver du stationnement, on s’immobilise vis-à-vis une Mercedes blanche derrière laquelle on pourrait se stationner si seulement on disposait de quelques pouces de plus. Du coup ma partenaire de voyage est sortie du véhicule sans préavis et est disparue dans le bar en face. Lorsqu’elle en est ressortie quelques minutes plus tard elle me fit signe de baisser ma fenêtre et y balança un trousseau de clefs avant de me lancer par-dessus son épaule: “avance la Mercedes je chauffe pas manuel”. L’Espagnol au volant de l’Audi me regardait, perplexe, et je du lui traduire ce qu’elle venait de dire. On est restés comme ça quelques mississippis, à se regarder en silence. J’ai fini par lui refiler les clefs et j’ai trouvé ma chum au bar, des shots à la main, entourée de Polonais, j’pense. Il devait être minuit quand j’ai senti le piège à ours se refermer sur nous pour la première fois. Tous les chemins ne mènent pas à Rome.
Se réveiller après une soirée comme celle-là c’est l’équivalent de se faire cracher dans face. C’est dur à lire, mais c’est encore plus dur à vivre. Oublier que t’es dans un lit superposé c’est ajouter l’insulte à l’injure. Trouver ses lunettes soleil. Enfiler n’importe quoi. Se rendre à un café. Commander des oeufs. Se félicité à chaque bouchée comme d’avoir remporté le prix Nobel de la paix. Trouver une petite pension tranquille avec une chambre libre. Dormir tout habillée. Madrid 1, Marie-Claude molo.
On s’est fait réveiller par la sonnerie du téléphone. On est allé rejoindre des amis au Café de la Opera. On a mangé de la paella. Bu du blanc lumineux. On a visité Madrid dans une Porsche décapotable avec un ancien pilote automobile au volant et j’ai crié à ma chum en me tenant les cheveux d’une main: “si on meurt je suis heureuse!” Le troisième jour on a arrêté de se dire au réveil qu’aujourd’hui on allait prendre un vol pour Rome. On a visité la Valle de los Caidos ou Franco a été enterré. On s’est assise sur la chaise de Felippe II, d’ou il supervisa la construction de l’imposant Monasterio del Escorial. On a mangé des crevettes à la Sala Guadarrama et j’ai retenu mon souffle et fait semblant que ça ne me dérangeait pas de les décapiter avant de les manger. À la taberna l’Obrador, on était assises à la table à côté du gardien de but de l’équipe nationale espagnole, Iker Cacillas. On a un apris un avion pour Ibiza. Je chantais N’importe quoi d’Éric Lapointe dans ma tête. J’ai senti la base du DC-10 traverser mon corps et aimé le temps d’une soirée la musique électronique. Ça m’a rappelé mon premier concert. Rock Voisine à l’aréna de St-Bruno avec mon grand frère. J’avais appelé ma mère d’un téléphone public pour lui dire qu’on avait peur d’avoir des dommages permanents à l’ouïe. Elle m’avait raccroché au nez. Sur la terrasse du DC-10 on peut regarder les avions passer juste au-dessus de sa tête et atterrir quelques mètres plus loin. C’est fou! Il y a beaucoup plus que la nuit et les bars à voir à Ibiza. Des plages perdues, des points de vue à couper le souffle et une vielle ville dans laquelle on pénètre par un pont-levis.
On a fini par se rendre à Rome deux jours, plus pour le principe. Le temps de se faire dire par les soeurs qui vendent des pendentifs de colombe dans la Basilique St-Pierre du Vatican de Rome que nos shorts étaient trop courts, de partager un cannoli et de faire le voeu dans la Fontaine de Trévis de revenir en Italie, mais de ne jamais plus passer par l’Espagne.
Écrit à Montréal, au lieu de faire des heures supplémentaires (shhhhh).























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